promeneur

« La montagne impose parfois ses lois, et prudence et belle humilité sont bien entendu à tous moments de mise : tout comme on respecte la montagne et son intégrité, il faut également SE respecter, et pouvoir accepter que pour une raison ou l’autre il est parfois plus sage de s’arrêter, faire une pause dans sa progression, et même quelquefois, redescendre et se mettre à l’abri et en sécurité lorsque les conditions extérieures (la météo) ou intérieure (le corps) l’imposent. Ce type de voyage n’implique pas un résultat.

Bien sûr, si on parvient à la fin du programme que l’on s’est proposé de réaliser, on aura vécu une expérience fantastique, peut-être (et sans doute) unique et inégalable. Mais si – pour les raisons évoquées plus haut ou pour d’autres motifs – si par exemple la vie d’un des membres d’une expédition est mise en jeu – il vaut mieux alors renoncer. Faire de la randonnée en montagne est certes un acte sportif, mais pour moi c’est bien plus ; c’est une démarche, un acte véritablement existentiel qui nous réévalue constamment au regard de nos capacités empathiques.

Dès lors, l’acceptation de l’échec est une alternative qui fait partie intégrante du processus engagé. Un face à face avec les éléments, des conditions climatiques à la versatilité parfois foudroyante. Une rencontre dépourvue de toute possibilité de fuite, de mensonge ou d’artifice avec soi-même, avec nos capacités d’adaptation, de changement, de flexibilité, d’improvisation et, comme déjà cité plus haut, d’acceptation. La montagne est toujours une leçon de vie. On ne lui sera jamais supérieur, on ne deviendra jamais plus fort qu’elle.

Par contre on peut – à partir de l’instant et tant qu’on lui prodigue les égards qui lui sont dus – s’en faire une alliée et souvent une véritable amie : elle nous rendra toujours (ou presque) beaucoup plus que ce qu’on lui a donné : elle est d’une beauté absolue ; elle est un Absolu. Tout comme le désert et l’océan … Elle procure également à celui qui s’engage réellement (c’est à dire sans arrière-pensée ni forfanterie aucune, sans avoir rien à se prouver à soi-même ou au monde) envers elle, la sensation d’appartenance au Tout et au Particulier.

Elle décerne enfin paix, sagesse, force et accomplissement à qui désire et parvient réellement à se mieux connaître en allant à la rencontre de sa propre vie par l’appréhension de ses propres limites. »

Bernard Silovy